4ème : Rencontre avec un photoreporter 2019-2020

Les 25 et 26 juin, quatre classes virtuelles ont pu être organisées au collège, permettant aux 4A, B, C, d’échanger avec un photoreporter de l’association Parole de Photographes. Préalablement, les élèves avaient préparé leurs questions. Les échanges ont porté sur leurs parcours, le choix des sujets, leur façon de travailler... et plus généralement sur la profession de photoreporter.

En 2019-2020, les élèves de quatrième ont suivi quatre séances en Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) en classe virtuelle avec le professeur documentaliste.

  1. Photographie de presse : le métier de photojournaliste, les objectifs de la photographie de presse, l’importance de la légende pour contextualiser.
  2. Photographie – source : enquêter (premières publications, données exifs) pour retrouver l’origine d’une photo et, en fonction des indices relevés, s’assurer de la véracité de la légende qui l’accompagne (date, lieu, contexte).
  3. Découverte du jeu sérieux A la Une !, et de l’onglet « Prix Bayeux Calvados » pour écouter des témoignages de photographes et en extraire les informations essentielles concernant cette profession.
  4. Préparation des questions pour la rencontre avec les photographes.

Le dispositif proposé par l’association Parole de Photographes (voir les actions dans les collèges et lycées) s’intitule "À la découverte du monde". Il permet de faire intervenir un professionnel sur le sujet de son choix, l’objectif étant d’échanger autour du métier de photoreporter tout en sensibilisant les élèves aux problématiques soulevées par les reportages. Cette action a pu être financée grâce au dispositif ODE91 du département.
Les rencontres, qui avaient dans un premier temps été suspendues suite au confinement, ont eu lieu les 25 et 26 juin. Du fait des contraintes de temps très serrées pour les organiser, elles se sont déroulées à distance, par l’intermédiaire d’une classe virtuelle.

Andréa-Olga MANTOVANI

Andréa-Olga MANTOVANI travaille comme indépendante. Elle a fait de la photographie son métier assez tard, en choisissant de renoncer à une carrière toute tracée mais qu’elle ne s’imaginait pas poursuivre sur le long terme. Alors qu’on lui propose une promotion, elle choisit d’abandonner, de vendre sa voiture et de s’acheter un appareil photo.

 ©© Mantovani Andréa _ All right reserved / contact@mantovaniandrea.com
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Photos publiées sur ce site avec l’aimable autorisation d’Andrea Mantovani


Direction Vancouver au Canada. Cette ville extrêmement riche, abrite l’un des quartiers les plus pauvres du pays avec beaucoup de toxicomanie. Andrea photographie les habitants enfermés dans un quotidien misérable. Elle part ensuite à Kingston, en Jamaïque, où elle s’intéresse à la jeunesse et à la communauté gay, violentée et marginalisée. Puis termine par le Mexique où elle observe les indiens qui perdent peu à peu leur mode de vie traditionnel.

Trois ans plus tard, retour en France. Andréa fait le tour des grandes rédactions parisiennes pour proposer ses reportages. Au journal Le Monde on lui achète une série de photos. Et, constatant son intérêt pour la protection de l’environnement, on lui parle de Bialowieza. À la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, cette forêt encore non exploitée est menacée. Andréa repart aussitôt !

Pour chaque reportage, Andréa-Olga MANTOVANI passe du temps sur place. Elle gagne la confiance des habitants ce qui lui permet de photographier ses sujets dans leur intimité, donc d’aborder certaines thématiques sous un angle nouveau.

Ses photos plaisent, elle les vend, participe à des expositions, se fait un nom et reçoit des commandes, notamment pour des sujets d’actualité. Dans ce cas, elle n’a plus à avancer l’argent du voyage. Elle part "tous frais payés" pour un nombre de jours donnés. En contre-partie, elle doit parfois être immédiatement disponible : « Être un bon photographe ne suffit pas, c’est aussi une question de personnalité, un mode de vie ». Andrea-Olga MANTOVANI travaille beaucoup pour le New York Times mais a aussi publié dans Le Monde, Libération, Le Figaro, Grazzia… Pour le NYT, elle couvre les rues parisiennes désertées durant le confinement, rencontre les habitants désemparés des immeubles effondrés de la rue d’Aubagne à Marseille, ou encore des gilets jaunes avec un reportage à Grigny...

Concernant la question des retouches photo, elle note qu’il peut y avoir un travail de post-production, avec la lumière notamment, mais pas de retouche au sens « ajouter ou ôter un élément ni modifier un visage ». Les règles journalistiques l’interdisent et, dans les concours, les photos retouchées sont immédiatement déclassées.

Si, à présent, elle gagne plutôt bien sa vie, la photographe souligne qu’elle a fait énormément de concessions les premières années, comme refuser de sortir le soir avec ses amis pour se lever tôt le lendemain et aller photographier. Elle travaille encore beaucoup, 60 à 70 heures par semaine. « Car il ne suffit pas de prendre les photos, il faut réussir à les vendre, actualiser son site internet, préparer des expositions ou ses prochains reportages… »

Toutefois, « le temps passé, même au travail, n’a pas la même valeur quand on y prend du plaisir », tempère la photographe qui encourage les élèves à choisir leur métier par goût, à croire en eux et à se donner tous les moyens de réussir.

Miquel DEWEVER PLANA

Miquel DEWEVER PLANA est également photographe indépendant. Il participe à des festivals, expositions, a travaillé pour l’agence Vu, écrit des livres et remporté de nombreux prix pour ses photographies et webdocumentaires.

« Des hommes et femmes vêtus de longues tuniques blanches, qui vivent au milieu de la nature, dans trois tout petits villages, qui montent aux arbres et qui nagent nus... ». Lorsque, enfant, Miquel DEWEVER-PLANA voit ce reportage sur les Lacandóns, l’un des derniers peuples mayas, il reste fasciné. C’est sur leurs terres, au Guatemala, au sud du Mexique, qu’il décide de réaliser son premier reportage, en 1995, dans l’objectif de montrer toute la richesse et la diversité de la culture maya (il existe une trentaine de zones linguistiques différentes !).

Parti pour un an, il y restera cinq ans sans revenir en France sachant qu’il n’aurait pas les moyens de repartir. « Après mes études, je pensais qu’un an serait long. Mais très vite j’ai compris qu’il fallait encore plus de temps. La première fois que j’ai voulu accompagner un groupe de Lacandóns aux champs, ils ont refusé que j’apporte mon appareil photo, ils voulaient d’abord que j’y travaille. C’est la meilleure leçon que j’ai reçue en matière de photographie. » Le photographe rentre épuisé, prend ses repas avec ses hôtes, dort à même le sol… Mais il a gagné le droit de les photographier. Chaque année, pendant dix ans, il passera trois mois sur place, pour suivre l’évolution du mode de vie des Lacandóns. En parallèle, il travaille sur d’autres projets.

Au Guatemala, il suit le travail des anthropologues légistes, qui aident les familles à retrouver les dépouilles de leurs proches, disparus dans les conflits armés qui ont décimé les Mayas dans les années 1960-1990 (plus de 200 000 morts). Puis il s’intéresse à l’« autre guerre », celle que se mènent les maras, des gangs d’adolescents armés, organisés par quartier, qui vivent du trafic de stupéfiants, du racket des commerçants et qui s’entre-tuent pour conserver leurs territoires. Son objectif ? « Comprendre ce qui fait que des enfants se transforment en criminels. » Il suit plus particulièrement Alma, jeune femme handicapée après qu’on lui ait tiré dessus.

Plus récemment, Miquel DEWEVER-PLANA partage le quotidien des mineurs de Potosí à la recherche de filons d’argent, dans l’obscurité des boyaux de la montagne et les vapeurs d’arsenic, à près de 5000 mètres d’altitude. Il y reste neuf mois. Il cherche aussi à comprendre le mal-être des amérindiens de Guyane et l’"épidémie" de suicides qui sévit chez les jeunes...

Le travail du photographe s’inscrit sur le temps long. Il insiste sur l’importance de gagner la confiance de ses sujets avant de les photographier. « Je travaille peu avec la presse car on ne me laisse pas le temps de comprendre et à ce moment là, on ne peut faire que des "clichés", des photos qui montrent l’idée qu’on a du sujet donné, pas la réalité. »

Miquel DEWEVER-PLANA publie sous forme de reportages, webdocumentaires et expositions mais aussi de livres, témoignages de l’Histoire, qu’il offre aux populations locales en retournant sur place. Il précise : « Je choisis mes projets, ce que j’ai envie de raconter. Parfois, je ne prends que quelques photos par voyage... La photographie est aussi un alibi pour vivre d’autres vies ».