4ème : Rencontre avec un photoreporter 2020-2021

En fin d’année scolaire, chaque classe a pu échanger durant deux heures avec Maud Veith ou Olivier Jobard, photoreporters de l’association Parole de photographes. Préalablement, les élèves avaient étudié les flux migratoires internationaux et suivi une séance sur la photographie de presse et le métier de photoreporter afin de préparer leurs questions. Ces dernières ont porté sur le métier de photographe de presse, ses conditions d’exercice et les reportages présentés.

A la croisée du programme d’histoire - géographie, du programme de français, de l’éducation aux médias et à l’information, de l’enseignement moral et civique mais aussi des parcours citoyen et parcours avenir, la rencontre d’un professionnel des médias a toute sa place en quatrième [1]

Pour la troisième année consécutive, chaque classe a pu échanger avec un photographe de presse. Le dispositif proposé par l’association Parole de Photographes s’intitule "A la découverte du monde". Il permet de faire intervenir un professionnels sur un sujet au choix. Lors de sa venue, le photographe projette des reportages photo et sensibilise les élèves aux problématiques soulevées par ses images. Dans les collèges du 91, l’action peut être financée par le Conseil départemental (dispositif ODE91).

Deux professionnels sont intervenus, chacun avec deux classes. L’objectif initial était de faire ensuite produire des articles aux élèves pour susciter des échanges entre les classes. Cependant, du fait du contexte sanitaire, la rencontre, initialement prévue en mars à l’occasion de la semaine de la presse, a eu lieu fin juin et n’a pas permis d’apporter ce prolongement.

Les reportages présentés cette année portaient sur la thématique des migrants et des migrations. Préalablement, les élèves avaient étudié les flux migratoires internationaux avec leur professeure d’histoire-géographie. Une séance leur avait également permis de découvrir la photographie de presse et plus particulièrement la polysémie des images et donc l’importance de vérifier et croiser ses sources pour être sûr d’avoir la bonne interprétation. Chaque classe avait par ailleurs préparé ses questions. Ces dernières ont porté sur le métier de photographe de presse, ses conditions d’exercice et les reportages présentés.

Rencontre avec Maud Veith

Rencontre avec un photoreporter, Maud Veith

Le 18 juin 2021, les deux premières classes ont rencontré Maud VEITH pour son reportage effectué à bord de l’Aquarius, avec SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières.

Ce bateau humanitaire naviguait au large de la Lybie, pour porter secours aux hommes, femmes et enfants qui tentent de traverser la Méditerranée, entassés sur des embarcations de fortunes. Maud Veith a embarqué en tant que photographe et marin (elle s’est formée à ce métier) « pour être utile et documenter la situation sur place : les gens croient aux chiffres lorsqu’ils voient des images ».

L'Aquarius - Photo publiée avec l'aimable autorisation de Maud Veith

Le reportage s’intitule "Ils arrivent pieds nus par la mer", il a été réalisé en deux temps.
Lors du premier voyage, en 2017, les rescapés ne passaient que quelques heures à bord de l’Aquarius, le temps de trouver un port où les déposer. Près de 500 personnes ont ainsi été sauvées en seulement deux jours, près de 600 en l’espace de trois semaines. « Nombre d’entre elles ont été récupérées pieds nus, avec pour tout bagage un petit sac plastique contenant l’essentiel de leurs affaires », détaille Maud Veith.
Lors du second voyage, en 2018, aucun pays ne souhaitait plus accueillir de migrants et les équipes humanitaires sont restées en attente avec les 58 personnes récupérées pendant une dizaine de jours. A bord, la vie a dû s’organiser car le bateau n’était pas du tout préparé pour accueillir un tel nombre de personnes sur un temps aussi long : « Les hommes dormaient sur le pont, à même le sol, les femmes et enfants dans un abri fermé qui les aide à se sentir en sécurité, explique la photographe. Un médiateur culturel nous aidait à communiquer. Il me semble important de passer du temps avec les gens pour avoir des images qui racontent quelque chose. »

Distribution des gilets de sauvetage - Photo publiée avec l'aimable autorisation de Maud Veith

La professionnelle insiste aussi sur le fait qu’il est important de recueillir l’autorisation des personnes photographiées. Elle leur explique son métier et le pourquoi de ses photos : « Certaines personnes ont vécu des choses difficiles dans leur pays et ont peur d’être retrouvées. Je ne photographie pas non plus les personnes dans des situations qui pourraient leur porter atteinte, nous signons d’ailleurs une charte avant de monter sur le bateau. »

L'attente en mer est longue et accentue le sentiment d'inquiétude - Photo publiée avec l'aimable autorisation de Maud Veith

Selon Maud Veith, le métier de photoreporter permet de satisfaire sa curiosité, d’accéder à des gens, des lieux, des aventures extraordinaires. Bien entendu, chaque voyage se prépare, y compris sur le plan financier, notamment pour les indépendants. Une fois rentré, il faut aussi beaucoup communiquer pour exposer ou vendre ses photos et "se faire un nom". Enfin, s’il n’est pas toujours facile d’être une femme dans un milieu plutôt masculin, cela peut aussi comporter certains avantages, comme le fait de pouvoir accéder aux endroits interdits aux hommes dans certains pays.

Rencontre avec Olivier Jobard et Alain Frilet

Le 24 juin 2021, les deux autres classes ont rencontré Olivier Jobard et, pour l’une d’entre elles, Alain Frilet, ancien journaliste et directeur de l’association Parole de photographes présent pour la première partie de l’intervention.

Rencontre avec un photoreporter, Olivier Jobard

Olivier Jobard, tout juste rentré de Côte d’Ivoire, voyage beaucoup lui aussi. Il s’absente plusieurs mois par an sans que ce soit toujours anticipé. Cependant, il remarque qu’il existe plusieurs façons d’exercer le métier de photojournaliste : certains professionnels couvrent l’actualité people alors que lui préfère les "anonymes" avec qui les relations lui semblent plus authentiques.

Sa journée type ? « En reportage, c’est intensif : il faut réaliser les images, les légendes, faire du montage, trouver un endroit où Internet fonctionne bien pour transmettre son travail… Hors reportage, je m’informe sur l’actualité et les pays dans lesquels j’ai prévu de voyager, je prends des contacts… »

Les élèves s’intéressent aux revenus issus du photojournalisme. En tant qu’indépendant, le photographe explique qu’il n’a pas de revenu fixe et avance les frais liés aux reportages. Il essaie, dans la mesure du possible, de vendre son reportage avant même de partir pour au moins rembourser le voyage. Il précise : « L’avantage est que l’on choisit ses destinations ce qui n’est pas le cas lorsqu’on travaille pour une agence ».

Au delà du "salaire", le professionnel insiste sur l’importance de choisir un métier qui plaise : « Adolescent, j’avais la phobie du lundi. A présent, je n’ai plus de jours ou d’horaires, je travaille tout le temps. Mais comme j’aime ce que je fais, ça ne pose pas de problème, je n’ai pas cette pression de me dire "Je n’ai pas envie d’y aller" ou "Pourvu que ça se termine vite". »

Le trajet des Oromos - Photo publiée avec l'aimable autorisation d'Olivier Jobard

"A marche forcée", le premier reportage présenté par Olivier Jobard a remporté plusieurs Prix et été diffusé sur Arte. Il suit le trajet des Oromos, qui fuient l’Ethiopie pour l’Arabie Saoudite où ils espèrent trouver du travail et de quoi faire vivre leur famille. Cependant la route est longue et périlleuse. Après le désert et la mer qu’ils découvrent souvent pour la première fois (Golfe d’Aden), il leur faut traverser Le Yémen dont ils ignorent qu’il est en guerre. Beaucoup sont blessés ou restent bloqués à la frontière car il n’ont plus suffisamment d’argent pour avancer ou rentrer chez eux. Seuls, affamés, ils sont enlevés par des mafias locales qui les torturent jusqu’à ce que leur famille paie pour les libérer.

Le trajet des Oromos - Photo publiée avec l'aimable autorisation d'Olivier Jobard

Le second reportage documente la guerre du Tigré à travers le parcours de Johane. L’étudiant éthiopien est forcé de fuir sa maison, située sur les hauteurs de Humera, touchée par les bombardements. Avec son père, il réussi à gagner le Soudan et un camp de réfugiés où la vie s’organise et où le moindre produit et service se monnaie. Peu à peu, ils prennent conscience qu’ils ne pourront peut-être jamais regagner leur pays.

Guerre du Tigré, camps de réfugiés - Photo publiée avec l'aimable autorisation d'Olivier Jobard

Alain Frilet est quant à lui revenu sur le métier de journaliste et sa déontologie  : « On ne peut pas être exhaustif, donc il faut commencer par choisir un angle, c’est à dire une façon particulière, de traiter son sujet en fonction du public visé, de l’information à faire passer ». La carte de presse légitime pour accéder à certains lieux et toutes sortes de personnes différentes. Il est ainsi possible d’assister à une réunion à l’Elysée un jour et de discuter avec des sans-abris le lendemain… Mais ce n’est pas non plus un "laisser-passer" qui donnerait tous les droits. Parmi les règles à respecter : ne pas déformer les propos de celui qui nous parle, ne pas mentir sur les faits, rester objectif (le journaliste est là pour informer, pas pour donner son avis...).

Les photos diffusées publiquement dans la presse obéissent aussi à certaines règles, l’Agence France Presse a d’ailleurs publié un guide à destination de ses photographes : pas d’images de blessés ou personnes en mauvaise posture pour ne pas porter atteinte à leur honneur, pas d’alcool ou de tabac pour éviter leur publicité (sauf à vouloir informer), pas de personnes anonymes reconnaissables (imaginons qu’il y ait parmi elles un couple adultère…). Autant d’informations utiles, aussi, pour soi-même publier sur Internet et les réseaux sociaux.

Notes

[1Liens avec les programmes
Histoire-géographie, thème 2 "Les mobilités humaines transnationales", sous-thème "Un monde de migrants"
Français : entrée « Agir sur le monde », questionnement « Informer, s’informer, déformer ? » avec étude de documents issus de la presse et des médias
Éducation aux médias et à l’information : comprendre comment l’information se fabrique, s’initier à la déontologie des journalistes, apprendre à distinguer subjectivité et objectivité, aspects juridiques liés aux images (droit à l’image, droit des images)
Enseignement Moral et Civique et Parcours citoyen : apprendre à s’informer, construire l’esprit critique en distinguant faits / opinion, prendre part à un débat, respecter les autres dans leur diversité, comprendre le sens de l’intérêt général et la notion de solidarité
Parcours avenir : focus sur le métier de journaliste et plus particulièrement de photographe de presse.