Rencontre de Kochka

A l’occasion du 29e Prix des Incorruptibles, projet mené sur les heures de français, les élèves de sixième du Collège Esclangon ont rencontré Kochka, auteure de nombreux livres et albums jeunesse.

Mieux connaître Kochka

Kochka est née au Liban, d’une mère libanaise et d’un père français. En 1976, alors qu’elle est encore adolescente, la guerre civile la contraint à s’exiler en France avec sa mère. Son père et ses grands-parents resteront sur place. Depuis, la famille est restée séparée. Son livre Le Grand Joseph est autobiographique.

Frères d’exil, un roman d’actualité

Pour le Prix des Incos 2017-2018 niveau CM2-6e, c’est Frères d’exil, publié chez Flammarion, qui est à l’honneur. Ce livre est le seul qu’elle a écrit sur demande : une commande de Flammarion qui voulait une histoire d’exil et de réfugiés mais sans la guerre.

Couverture du roman Frère d’exil de Kochka

Le roman raconte l’histoire d’une famille contrainte de quitter son île submergée par les eaux à cause du réchauffement climatique. Comme la plupart des habitants, Nani et sa famille décident de s’enfuir tandis que le grand-père handicapé et sa femme restent sur l’île. Avant le départ, le vieil homme a le temps de confier à Nani une série de lettres qu’il a écrit à son attention. Elles rythmeront le récit et encourageront la fillette dans les moments difficiles.

La rencontre avec Kochka

La rencontre de Kochka avec les élèves, 5 classes de 6e, a eu lieu les 8 et 9 mars 2018.

**L’accueil

Pour éviter l’ennui, les professeurs avaient prévu que chaque classe la reçoive d’une façon différente et que l’un de ces rendez-vous au moins ait lieu à la médiathèque.

Mise en voix de Frères d’exil

Deux classes avaient préparé des exposés qui décoraient la salle : l’une sur Frères d’exil et ses personnages, l’autre sur la Polynésie, l’action du roman se déroulant dans une île imaginaire située dans le Pacifique. Dans deux autres classes, les élèves avaient écrit des lettres afin de prolonger l’histoire.

L’accueil plus marquant a sans aucun doute été la lecture d’extraits de Frères d’exil dont ces quelques phrases, scandées comme un refrain par toujours plus d’élèves :

Il y a des moments dans la vie
Où ce qu’on croyait solide s’effondre...
Où que la vie t’emmène Nani,
N’oublie jamais d’où tu viens, mais va !

La dernière rencontre s’est quant à elle achevée par la diffusion d’un diaporama avec des photos d’élèves, parfois déguisés, qui mimaient des scènes issues de ses livres et qu’elle devait reconnaître.

**Le parcours de Kochka

Chaque classe avait préparé des questions auxquelles Kochka a répondu avec beaucoup de patience et de sincérité, délivrant des messages de paix, de tolérance et de courage comme elle sait si bien le faire dans ses livres.

Sa vie de petite fille au Liban, la peur lors des bombardements, le plaisir et l’évasion procuré par la lecture et les histoires contées, notamment Le livre de la jungle maintes fois revisité par son papa, la douleur face à la perte d’êtres chers, l’incompréhension puis l’acceptation des différences... Autant de thèmes difficiles qu’elle a su expliciter à l’aide d’exemples concrets et d’images très poétiques.

Ce n’est qu’à l’âge de 35 ans, après la naissance de son premier enfant, Matthieu, autiste asperger, qu’elle décide de se consacrer à l’écriture. Elle veut sensibiliser, aider à l’acceptation des enfants différents, mais pas écrire un livre "témoignage" destiné aux adultes. Elle préfère cibler les enfants parce que, dit-elle, “ils sont notre avenir”.

Parmi ses premiers romans publiés, Au clair de la Louna raconte l’histoire d’une jeune adolescente qui apprend à apprivoiser sa cousine aux comportements déconcertants. L’enfant qui caressait les cheveux, dresse le portrait d’un petit garçon autiste. Il se prénomme Matthieu et, comme le fils de Kochka au même âge, tient à respecter certains rituels, pique des colères incompréhensibles, adore caresser les cheveux...

Suivront de nombreux titres1 pleins de tendresse et souvent avec plusieurs niveau de lecture, issus de ses souvenirs d’enfance/adolescence et de rencontres qui l’ont marquées. Parmi les derniers publiés, elle avait conseillé, à destination des CM2/6e :

  • Le talisman des étoiles, livre initiatique,
  • Tête de pioche, histoire d’un petit garçon qui n’aime pas la lecture,
  • La petite femme du père Noël, qui traite de la différence et de l’espoir.

**Un moment magique

Les élèves ont d’abord été surpris par la voix de Kochka, très douce, qui a d’ailleurs inspiré son nom d’auteur : "Kochka" signifie "chat" en russe. Durant les échanges, ils étaient particulièrement attentifs, suspendus à ses lèvres alors qu’elle répondait à leurs questions avec beaucoup de sincérité et de poésie, en ayant souvent recours aux métaphores et aux exemples concrets pour bien se faire comprendre.

La plupart des interrogations des élèves ont porté sur l’autisme, le parcours de Matthieu, les difficultés d’avoir un enfant différent, la vie au Liban notamment sous les bombardements. D’autres sur le métier d’auteure, le temps passé à écrire et revoir les textes, les sources d’inspiration, la collaboration avec les éditeurs... Entre rires, larmes et étonnement, les émotions se sont succédées !

Kohcka a chaque fois terminé les échanges avec une lecture, offrant même à l’une des classes l’exclusivité d’un texte encore non publié.

Les adultes, professeurs et bibliothécaires pour l’une des classes, ont eux aussi été impressionnés par les qualités relationnelles de Kochka, les messages et leçons de vie qu’elle est parvenue à transmettre. Un seul regret : ne pas avoir pu partager ces instants avec davantage de personnes : chacun est ressorti transformé.

Prolonger le souvenir

Dès le lendemain, Kochka, touchée par l’accueil qui lui avait été réservé, a écrit une très jolie lettre qui a été lue dans les classes et partagées avec les parents d’élèves.

La lettre de Kochka
Lettre de Kochka (PDF)

En réponse, élèves et professeurs se sont remémorés la rencontre et les sentiments qu’elle leur a inspirés. Ils créent actuellement des nuages de mots qui seront envoyés à Kochka.

Pendant que Kochka était au collège, des élèves auteurs ont pu lui montrer leurs écrits. D’autres qui n’écrivaient pas viennent maintenant au CDI pour rédiger des histoires. L’une d’entre elles rapportaient dernièrement qu’elle a découvert qu’écrire l’aide à se détendre.

1) Une soixantaine de titres référencés sur Babelio.