4ème : Rencontre avec un photoreporter 2018-2019

En fin d’année, chaque classe a passé deux heures avec un photoreporter de l’association Parole de Photographes. Préalablement, les élèves avaient préparé des questions. Les échanges ont porté sur le métier de photographe de presse, les moyens de l’exercer, ses bénéfices et difficultés compte-tenu, notamment, des sujets traités.

Contexte

En 2018-2019, les élèves de quatrième ont suivi un EPI (Enseignement Pratique Interdisciplinaire) sur la presse et les médias impliquant des professeurs de français, d’histoire-géographie et le professeur documentaliste. Ils ont travaillé sur le métier de journaliste et sa déontologie, la liberté de la presse et la démocratie, les risques pris pour informer dans certains pays, le dessin de presse, les particularités de la photographie de presse...

En fin d’année scolaire, dans le cadre de cet EPI et du programme de géographie - thème 2 "Les mobilités humaines transnationales", sous-thème "Un monde de migrants" – les quatre classes de quatrième rencontrent un photographe de presse via l’association Parole de Photographes.

Le dispositif proposé par l’association s’intitule " A la découverte du monde ". Il permet de faire intervenir des professionnels sur un sujet au choix. Lors de sa venue, le photographe projette des reportages photo et sensibilise les élèves aux problématiques soulevées par son reportage. Dans les collèges du 91, l’action peut être financée par le département de l’Essonne (dispositif ODE91).

Sur le thème des migrants / migrations, deux professionnels étaient disponibles, il a été décidé que chacun d’entre eux rencontrerait deux classes. Les échanges avec une classe sont prévus pour durer deux heures.

Rencontre avec Christophe Stramba-Badiali

Le 15 mai 2019, les deux premières classes ont rencontré Christophe Stramba-Badiali qui a travaillé à bord de l’Argos, un des navires affrétés par Médecins Sans Frontières pour venir au secours des migrants en Méditerranée. Il y a passé 40 jours en tant que bénévole.

4B : Rencontre Christophe Stramba-Badiali

Dans un premier temps, Christophe Stramba-Badiali a présenté son reportage « Sauvés » en replaçant chaque photographie dans son contexte (qui sont les sujets, que s’est-il passé avant, qu’est-il arrivé ensuite…) et en répondant aux questions des élèves.

Depuis les bateaux sur lesquels embarquent les migrants jusqu’à leur débarquement une fois sauvés, en passant par les sauvetages de Médecins du Monde, la vie à bord de l’Argos, les motivations mercantiles des passeurs… Le témoignage et les explications du photoreporter ont permis aux élèves de mieux comprendre les difficultés concernant certaines populations et les problématiques en jeu.

4D : Rencontre Christophe Stramba-Badiali

Dans un deuxième temps, les échanges ont davantage porté sur le parcours du professionnel. Il a notamment expliqué qu’il s’ennuyait à l’école et était devenu photographe sur le tard. Son plaisir était avant tout de voyager et de faire des rencontres, c’est ainsi qu’il a commencé la photographie. Par la suite, il a souhaité partager ses expériences avec le grand public grâce à ses photos.

Une autre des particularités de Christophe Stramba-Badiali est qu’il prend du temps pour réaliser ses reportages. Il lui semble essentiel d’être accepté par les personnes photographiées. Pour la même raison, il travaille avec une focale courte, au plus près du sujet. Cette façon de faire - travailler "lentement"- peut-être une difficulté, notamment au niveau financier. Certains de ses collègues ont d’ailleurs une autre activité professionnelle ou réalisent davantage de photos pour de la communication d’entreprises etc. pour gagner leur vie.

4D : Rencontre Christophe Stramba-Badiali

Les photographies ne sont pas retouchées sauf s’il s’agit de travailler les parties claires ou sombres pour faire ressortir des détails. « Le but, dans ce type de reportage, c’est de montrer ce qui se passe, pas de mettre le photographe en avant avec une photo parfaite. Donc je ne vais pas ajouter un soleil ou ôter un personnage, c’est une question d’éthique !  »

Articles réalisés par les élèves de 4B
La rencontre avec Christophe Stramba-Badiali s’est prolongée par un travail d’écriture en français. Les élèves avaient pour consigne de rédiger un article sous la forme d’un "5 questions à...".

Rencontre avec Olivier Jobard

Le 6 juin 2019, les deux autres classes ont rencontré Olivier Jobard. Ce dernier a commencé la photographie au lycée. Le bac en poche, il est directement entré à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière avant de se tourner vers la photographie de presse, "moins technique et davantage tournée vers l’humain et les rencontres".

Dans les années 90, il a beaucoup travaillé à l’étranger, notamment dans des pays en guerre comme à Sarajevo. Une période un peu frustrante car il ne restait que quelques semaines sans pouvoir garder contact avec les personnes rencontrées (internet était peu développé à l’époque…).

De retour en France, dans les années 2000, il s’est rapproché des populations de réfugiés : "A Sangate, les gens venaient des quatre coins du monde. Tous avaient en commun un seul objectif, passer en Angleterre. Ce qui m’intéressait, c’était vraiment de montrer leurs difficultés, leur parcours."

Le parcours de Kinsley

En 2004-2005, Olivier Jobard est retourné au Cameroun où il a rencontré plusieurs personnes qui désiraient rejoindre l’Europe. Il y est resté six mois puis s’est rapproché de Kinsley. C’est son histoire qu’il nous a présentée à travers une vidéo où Kinsley commente les photos réalisées durant leur long périple.

4A : Rencontre Olivier Jobard

Le photographe est presque toujours resté à ses côtés. Dans le désert saharien où il faut rester caché plusieurs semaines en se nourrissant du pain et des sardines en boîtes apportés quotidiennement par les passeurs : "Tu apprends à vivre léger, à minimiser. " Dans le bateau pour traverser la méditerranée : "Le téléphone ne passe pas en mer. J’avais prévu une boussole, des gilets de sauvetage pour Kinsley et moi, une balise de détresse au cas où… Kinsley était maître nageur au Cameroun mais beaucoup de migrants n’ont jamais vu la mer et ne savent pas nager. Ils sont terrorisés."

Après des mois d’errance, un séjour en prison pour faux papiers et trente jours en centre de rétention en Espagne, Kinsley arrive enfin en France où il retrouve un cousin. Olivier Jobard, qui est toujours en contact avec lui, nous explique qu’il a pu obtenir des papiers, trouver du travail, aider sa famille au pays et progresser dans son métier. "Aujourd’hui, il est parfaitement intégré."

Olivier Jobard a présenté d’autres travaux illustrant la situation des migrants et son travail de photo-reporter.

  • Dans Tu seras suédoise ma fille , un couple de réfugiés syriens raconte leur périple depuis la Syrie en exprimant leurs interrogations et parfois désaccords concernant leur troisième enfant née en Suède : la mère voudrait oublier afin que sa fille se sente 100 % suédoise mais le père tient à ce qu’elle connaisse son pays et l’histoire de la famille.
  • Cœur de pierre retrace le parcours de Ghorban, jeune afghan qu’Olivier Jobard a rencontré alors qu’il venait d’arriver en France, seul, à l’âge de 12 ans. Le photographe l’a accompagné pendant huit ans, entre 2010 et 2018. Il en a fait un film qui a déjà remporté plusieurs prix et sortira le 4 septembre au cinéma.
  • Un reportage photo réalisé en Tchétchénie en 1999 aux côtés de chefs de guerre. "Là c’était dangereux, davantage par rapport aux enlèvements qu’aux combats. Mais on est volontaire pour partir, on y va parce qu’on pense que c’est important et on fait attention, on essaie de ne rester qu’avec des personnes de confiance."
    4C : Rencontre Olivier Jobard

Les élèves ont posé de nombreuses questions sur le devenir des personnes photographiées, le parcours des migrants en général, le travail du journaliste et ses rapports avec les sujets photographiés (faut-il rester méfiant, combien coûte la traversée, peut-on leur venir en aide, un contact est-il maintenu après le reportage...).

Olivier Jobard a répondu avec franchise, y compris concernant ses revenus, un point toujours essentiel lorsque des adolescents s’intéressent à une profession. "Quand on est salarié, on gagne relativement bien sa vie et les voyages sont payés donc c’est plutôt confortable. Maintenant que je suis indépendant, c’est plus difficile. Et lorsqu’on traite un sujet, on n’est parfois payé qu’au bout de 5 ou 6 ans, donc il faut toujours avoir quelque chose en route. Un autre inconvénient, en n’ayant plus d’agence, c’est que c’est à moi de proposer mes sujets, de faire le « commercial »…"

Un avantage, par contre, c’est qu’ainsi le professionnel est libre de traiter ses sujets comme il l’entend. Il n’est pas appelé juste pour illustrer l’article d’un confrère journaliste.